MES GRANDS DEBUTS EN COURSE AUTOMOBILE 1975

Olivier, "l'Archiviste Fou",vous a déjà relaté ses premiers pas en course. Les miens valent aussi le coup d'être contés.

En parcourant les chroniques de nos rallies actuels, on sait que je suis le Roi des Poissards. Il faut toujours qu'il m'en arrive une, dont, souvent, je ne suis pas responsable mais plutôt victime... Ma toute première course, en 1975, a été l'annonciatrice des futures galères :

Replaçons-nous d'abord dans le contexte :  à cette époque, étudiant en Fac de Droit / Sciences Eco, il est clair que je disposais de beaucoup de temps libre, sautant allègrement cours et partiels, mais très occupé dans de nombreux bistrots, avec mes potes, à améliorer sans cesse nos scores au Flipper. Cela nous occupait une grande partie de la journée, car on obtenait moultes parties gratuites sans faire "TILT". Faut dire qu'on connaissait les machines par coeur, et qu'on sélectionnait les rades en fonction de nos chances de durer sans remettre d'argent, mais aussi des filles qu'on y rencontrerait !

Cependant mes pensées étaient de plus en plus occupées par mes perspectives d'avenir. Les diplômes futurs c'était bien. Mais une grande carrière en Sport Automobile me tendait les bras : c'était évident. Moi aussi, j'allais devenir Champion du Monde ! Comme nombre de mes copains ! Et pour cela, je disposais de l'arme fatale : ma première voiture, tout neuve, une RALLYE 2 ! Comme nombre de mes copains ! Ca faisait pas mal de postulants au titre, donc il allait falloir se battre pour montrer qui était le meilleur... On avait été obligés d'admettre que le Record du Tour de la Place Notre-Dame ne pourrait pas vraiment nous amener à la Gloire tant désirée. D'ailleurs, on y voyait rarement Larrousse, Fiorentino ou Andruet... Par conséquent, il fallait changer de terrain pour aller jouer avec les Grands...

La grande question était : OUI, MAIS PAR QUOI COMMENCER ?

Un rallye ? un slalom ? une Course de Côte ? Et Où ? Pour le rallye, la réponse a été vite trouvée. On doit être deux dans la voiture. Le problème était que, dans la bande de jeunes cinglés avec qui je traînais, on voulait tous conduire ! Y en avait pas un qui voulait être à côté... J'ai donc remis à plus tard mes débuts en rallye.

Il fallait quand même que je débute, ne serait-ce que pour m'étalonner face aux autres. (Et vérifier, au passage, si mes temps "de feu" autour de la Place impressionnaient autant les chronomètres que les donzelles du quartier...)

L'occasion s'est produite de façon fortuite. J'avais des potes à la fac' de Grenoble, originaires de la Haute-Loire et de l'Ardèche, qui, en semaine, avaient un appartement hors du Campus où on se retrouvait tous -soi-disant- pour bosser. De fait, c'était chaque soir ripaille, beuveries, soirées-foot (époque du GRAND St- Etienne) et rencontres féminines diverses... Le week-end, ils rentraient chez eux, et nous invitaient régulièrement. C'est comme ça que j'ai bien connu les régions d'Annonay et surtout de Ste Sigolène. Un jour ils me disent : "Dis donc, Gilles, on a une virée chez nous qui se prépare, dans 15 jours."      ('fallait voir les virées. Oh, pauvre !)

"Dans notre coin, y a plein de courses de côte. Pourquoi tu n'en profiterais pas pour t'engager ? On te ferait l'assistance... ". Bien entendu, aucun d'eux n'était plus mécanicien que je ne suis archevèque... Ca voulait dire "on s'occupe des saucissons, du pinard, de la bière et de la gnôle".  Mais le soutien moral, ça compte plus que tout dans les moments critiques, et j'ai dit Banco. C'est comme ça que je me suis engagé, la fleur au fusil, à la :

 

COURSE DE COTE DE DUNIERES (Haute -Loire )

 

Dès l'époque, c'était une Côte de Championnat de France prisée, où le Gratin des "Montagnards" se retrouvait. Les Maublanc cotoyaient les Mieusset, Pignard, Damaisin, et j'en passe. Vrai aussi pour les catégories de Protos, GT, et Tourismes. Etaient aussi engagées une grosse trentaine de Rallye 2 gr 1, dont je faisais partie pour la 1ère fois...

Totalement de série, avec seulement les équipements obligatoires de sécurité, ma fière auto ne se distinguait des autres que par... ses Yeux Bleus !

Ah , la belle idée que j'avais eu là ! Ben oui, tous les autres avaient plein d'autocollants qui faisaient "course". Et moi,j'avais rien. Je ne faisais pas encore partie du SRT, et je n'avais rien eu de mieux à faire, en guise de préparation, que d'acheter une bombe de peinture d'un bleu "flashy", et de peindre le tour des phares pour la personnaliser...

Mes copains avaient quand même tiré la jauge d' huile. Cette splendide déco (je vous la laisse imaginer, avec la célèbre couleur jaune-vert-caca d'oie des Simca... ) avait pleinement atteint son but : ça faisait tout de suite plus "Course" ! Ah ! Mais ! y avait plus qu'à faire péter les chronos...

Pour mon premier parc de départ, aux vérifs, je me mêle timidement aux autres, écoutant ce qui se dit, et j'entends des pilotes causer entre eux : "cette année, ils sont emmerdants. 'Y a des officiels qui nous ont prévenus. Tous ceux qui n'ont pas l'équipement complet, combi, gants, sous-vetements et CAGOULE en nomex homologués ne seront pas admis au départ". Du coup, tout le monde se démène pour trouver ce qui lui manque, quitte à emprunter à d'autres... Et moi, je ne connais personne ...

J'ai tout l'équipement piqué à mon frangin lorsqu'il courait... mais pas de cagoule .

Rusé renard que je suis, je me présente au départ avec le col roulé du sous-vetement remonté jusque sur le nez, coincé par la jugulaire du casque...

Et ça marche ! On ne me dit rien, probablement parce que je ressemble à Steve Mc Queen dans "Le Mans". Ca ne peut être que ça...

 

RAAM - RAAM- RAAM : c'est parti ! Me v'là VRAIMENT en course !

 

Cette côte débutait par une partie d'élan à fond, permettant à une Rallye 2 de "toucher" la 4ème, pour ceux qui avaient LA boîte courte et seulement la 3ème pour les autres, dont moi, avant de vite rétrogader pour un premier virage serré à gauche... Ca veut dire qu'on arrivait assez vite sur le virage et qu'il fallait freiner fort, même pour nos petites autos.

Je dois maintenant vous préciser que cette épreuve se disputait en juin ou juillet.

Et pendant ma prise d'élan, en montant les vitesses, que m'arrive t-il ? :

AAAAHHH.... AAAAHHH ....AAAAAAAHHH ...TCCCHHHAAAAAHHH !!!!

 

Eh oui, c'est aussi con que ça : RHUME DES FOINS !!!

Vous savez sûrement que l'éternuement est le seul moment où vous perdez TOUS vos sens en même temps :  vue, ouïe, odorat, goût et toucher : plus rien !

Ben, j'ai réussi à me choper une crise juste après le départ... Trois, quatre éternuements... et mon premier freinage, puis le premier virage ont été plus que copieux !

Tout bloqué, puis en "vrac", les spectateurs devaient se demander : "Mais où il va , lui ?" Où je pouvais, à l"aveugle", tout simplement...

Essayez donc de "repérer" un point de freinage, freiner, tourner d'une main, et réaccelerer tout en éternuant, et en essayant de nettoyer ce que vous pouvez imaginer avec l'autre main, tirant sur le col pour le dégager de la bouche, parce tout était parti dedans, et il y en avait un paquet ! Très agréable ...

Ca a duré toute la montée, et s'est reproduit à chaque fois. Dunières, ça n'est que des champs, y compris le Parc d' arrivée... Seul avantage : arrivé au sommet, on avait lavé le col roulé, la combi et les gants avec force eau. Pour les montées suivantes, malgré la chaleur, j'étais bien au frais... Et de toute façon, l'eau, on n'en buvait pas.

Avec ma soeur , qui était comme moi sujette au rhume des foins, on faisait des concours pour savoir lequel de nous deux éternuerait le plus et lequel mouillerait le plus de mouchoirs dans la journée... J'ai souvent gagné. C'était impressionnant : elle ou moi, il pouvait nous arriver d'éternuer 70, 80 fois d'affilée quand on était en crise ! On ne savait même pas ce qu'était un allergologue et à quoi ça servait. Donc, tous les ans, on y avait droit, et ça a duré quelques années...

Le plus beau, c'est que ça s'est reproduit l'année suivante, toujours à Dunières, mais en Kadett Gr 1. En 76, ils ont décidé que les porteurs de lunettes devraient désormais porter un casque intégral. Et je ne pouvais pas le cacher, car mon permis portait (et porte toujours !) la mention : "Port de Verres Correcteurs".

J'avais acheté un superbe GPA, comme les Prost, Arnoux, Pironi et consorts... Donc, on ne pouvait qu'aller vite avec ça !

Nanti de cet accessoire hors-norme, j'ai pris le départ et, sur le parcours, il m'est arrivé exactement la même mésaventure que l'année précédente !

Même cause, mêmes effets : le GPA flambant neuf a été bien baptisé !

Je n'ai aucune photo de cette première "course". Je ne me rappelle plus non plus le résultat, mais ça, c'est plus facile à retrouver... Ca ne devait pas être bien fameux en tous cas... Mais ça ne m'étonnerait pas, si quelqu'un trouve un jour une photo, qu'on y voit un gusse arriver tête baissée dans sa caisse. A l 'attaque maximum ?

Que dalle ! Pour essayer de se moucher, oui !!!

 

(Heureusement, ma deuxième course a été bien plus encourageante, parce que c'est comme ça que de belles vocations sont tuées dans l'oeuf ! SNIRRRFFL ! )

 

 

PS : Quant à la cuite qu'on s'est prise ensuite pour noyer ma déception... L'année suivante aussi, d'ailleurs...

Commentaires (3)

1. Olivier 20/09/2011

Pas très charitable c'est vrai,mais j'avoue avoir bien rigolé à l'épisode "Atchoum"...

2. gilles 02/09/2011

Non , m'sieur !
La sponsorisation alcoolisée n'est venue qu' un an plus tard . A mes débuts , j'étais "vierge" , mais j'admets que que je me suis vite rattrapé ensuite !

3. christian 31/08/2011

c'est l'époque où il était sponsorisé par tous les bars de la ville

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