Rallye du Var 2012

Salut à vous tous, vrais fans de rallye !


On ne pouvait pas rester sur l'image négative de ma dernière chronique intitulée : "2012, l'année poissarde". Il fallait absolument faire quelque chose pour dissiper cette mauvaise impression. Je ne vous parlerai donc pas cette fois de "galères", de "malchance", de "manque de bol" et autres "sinistrosités"(sic).

C'est avec un plaisir non dissimulé que je vais vous narrer notre dernière aventure, où passion, sport, amitié, rigolade et bonheur seront étroitement mêlés.

En cette fin de saison chaotique, un sentiment d'inachevé s'est emparé des uns et des autres. Soit parce que l'on a pas beaucoup couru - comme notre ami Laurent -, soit parce qu'on a été arrêté trop tôt - comme moi -, ou encore à cause des occasions ratées de courir ensemble (la Matheysine cet été).

Cet ensemble de raisons va nous pousser à tout faire pour reformer le team "Les Roadrunners" et l'opportunité s'est présentée au :

 

RALLYE DU VAR : du 23 au 25 novembre 2012


Le Tour de Corse a révélé que ma BMW n'était pas affligée d'une tare mais que toutes les BM en sont affectées, puisque nous avons été trois à nous trouver en panne pour la même raison : l'allumage. De plus, nous avons une piste sérieuse pour trouver la cause réelle de ces casses à répétition. La réparation effectuée par Bruno, en montant un rotor plus léger de Talbot-Lotus, a tenu sans problème tout le reste du rallye, soit 90% du parcours (+ de 1000 km, spéciales et routier confondus).

De retour sur le continent, Bruno n'a pas lâché le problème. Il s'est aperçu que la courbe d'avance à l'allumage n'était pas bonne. A l'origine entre 10 et 20°, il a installé un autre allumeur entre 7 et 31°, soit un faisceau beaucoup plus large. Voilà ce qui se passait : dès qu'on arrivait aux environs de 5000 t/m, on était aux limites de la courbe disponible. De plus cet allumage, rappelez-vous, avait été doté d'un limiteur de régime. Et je l'avais fait enlever. La conséquence de ces deux paramètres conjugués faisait que le rotor, au bout de son axe, battait la chamade passé 5000 t/m puis cassait à force de vibrations.

A présent l'axe du rotor est aussi ceinturé, l'empêchant de prendre du jeu à haut régime et Bruno a pratiqué une découpe au niveau du tablier. Même en cas de fortes vibrations, la tête d'allumage ne peut plus taper contre le tablier. Enfin, le module électronique a été écarté de l'allumeur.

Plusieurs essais ont confirmé qu'il n'y a plus le moindre souci maintenant. Ce qui m'autorise à vous asséner cette vérité profonde :

LE "CHAT NOIR", ÇA N'EXISTE PAS !

Il n'y a que des incompétents, des "charlots" et des "préparateurs en factures" comme je les appelle souvent. Dès lors qu'une machine est prise en main par un vrai professionnel, les problèmes s'expliquent et se résolvent. Nous sommes dans un sport mécanique où les pannes et les casses sont inévitables, mais on parvient à éviter qu'elles se répètent quand on en découvre LA CAUSE et pour cela, il faut chercher méthodiquement. C'est ce qu'a fait Bruno. Au fur et à mesure, force est de constater que tout ce qu'il a repris ne cause plus le moindre souci. Conséquence immédiate : on peut enfin penser à faire évoluer ma caisse pour la rendre plus performante.

Je vous ai déjà parlé de l'échappement, enfin au bon diamètre, et posé avant le Corse. Cette fois, Bruno m'a déniché un couple court, après de longues recherches. Pourquoi ce dispositif ? Depuis que je l'ai achetée, la BM est dotée d'un rapport de transmission bien trop long. Les essais sur banc-moteur à Alès avaient permis de le mesurer. À 6000 t/m ça donnait une vitesse de + de 180 km/h... et 220 à 7200 t/m ! On atteint de vitesses pareilles en rallye ni souvent ni longtemps. Par contre, on a énormément de sorties de courbe à basse vitesse, comme les épingles. Il faut savoir que la BM est un lourd camion dans ces conditions, munie d'une direction à vis et galet non-assistée. Une horreur dans une spéciale où l'on trouverait une dizaine d'épingles (ce n'est pas rare). Non seulement on finit très fatigué, mais la perte de temps en relance est très importante...

On a pu faire un essai avec Anne-Marie autour de Castries et on a été bluffés par la différence : c'est le jour et la nuit ! Entre deux virages la reprise de vitesse est bien meilleure. La chute de régime entre deux rapports est raccourcie au point qu'on a eu le sentiment d'avoir une boîte courte ! Ou d'avoir des chevaux en plus, ce qui n'est pas le cas. A la fin de cet essai, je peux vous dire qu'on a échangé avec Anne-Marie un regard plein d'optimisme, fin prêts à affronter les lacets des routes varoises...

Une fois rendus sur place, nous nous retrouvons tous avec grand plaisir. Le team Roadrunners est là au grand complet : 3 équipages engagés, Christian et Anne sur l'Alfetta, Laurent et le jeune Romain Baillet sur l'Alfa Berline, Anne Marie et moi sur la 2002. Le Rallye du Var ne faisant plus partie du Championnat d'Europe, l'affiche est moins dense qu'à l'accoutumée. Cependant nous sommes 25 concurrents en VH. Cela est vrai aussi pour les "modernes". Le championnat de France est en effet joué, donc certains acteurs majeurs n'ont pas fait le déplacement.Toutefois, on peut noter la présence du pilote de F1 Robert Kubica. Si vous suivez cette actualité, vous savez que le pilote polonais a connu une très violente sortie de route en rallye voilà près de deux ans. Son bras droit avait été quasiment sectionné. Une très longue rééducation, entrecoupée de multiples opérations, l'ont tenu éloigné de la course automobile. Mais sa rage de guérir et son envie intacte de piloter l'ont sur-motivé et le voilà à nouveau au départ, aidé par certains aménagements des commandes de sa Citroën C4, identique à celle que pilotait Sébastien Loeb auparavant.

Olivier, Rosa, Nicolas, Régis, Aimé et son épouse, Guy et son épouse, Louis le père de Romain, ainsi que Jean-Marc sont venus en spectateurs et nous apportent l'indispensable soutien moral. De plus, ils nous tiendront informés de ce qui se passe en course, ce qui nous échappe fréquemment, car nous sommes concentrés sur notre propre rallye. Qu'on est contents de tous se retrouver, transformant cette course en fête, car c'est bien comme ça que nous concevons la pratique de ce sport. La diététique et la flotte, c'est pas pour nous ! Faire la gueule non plus ! Courir sérieusement sans se prendre au sérieux est notre philosophie. Cela nous occasionne toujours des histoires dont on aime se souvenir, fourmillant d'anecdotes ou de situations cocasses. Un exemple ?

Nous nous sommes regroupés dans un hôtel à Cogolin, au calme du rallye qui arrive souvent fort tard sur le port de Sainte-Maxime. Nous y avons donné rendez-vous en début de soirée à Jean-Marc qui y vient pour la première fois. On voit très bien l'hôtel du bord de la route principale mais y accéder nécessite de revenir sur soi-même par une route secondaire. Me trouvant dans le hall d'entrée, je vois débarquer notre tailleur de pierres mort de rire !

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? je lui demande. Riffougnant de plus belle, pleurant de rire, il a du mal à s'expliquer intelligiblement entre deux hoquets :

- J'ai bien vu l'hôtel en passant devant, puis je suis revenu sur moi-même et me suis arrêté devant un bâtiment blanc avec un portail fermé. J'ai trouvé ça bizarre à cette heure là... Au portail, il y avait une sonnette avec marqué ACCUEIL... Et je sonne une fois, et deux fois, et trois fois... Au bout d'un moment, une dame en blouse blanche est sortie, et m'a demandé ce que je désirais. Je lui réponds: "ben, entrer dans l'hôtel ?!..." Et la dame m'a rétorqué : "dans ce cas, ça va être difficile. Ici vous êtes à l'Hôpital Psychiatrique!"

AUTHENTIQUE ! Ça doit expliquer en partie le calme de l'hôtel... qui se trouve à côté ! Ah ! Mon Jean-Marc, ne te moque plus jamais des Belges ! Sans compter que tu as eu beaucoup de chance. Dans ce genre d'établissement, entrer n'est pas chose difficile... En sortir est une autre paire de manches !


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Notre assistance sera assurée par le préparateur habituel de Christian et Laurent, FROGG Racing. Je les connais très peu, ne les ayant vu qu'une fois l'an dernier au Grasse Alpin. Mais ils m'avaient donné une image de sérieux, disposant de matériel conséquent et de moyens humains compétents. Ils s'occuperont également de l'Opel Kadett d'un jeune très sympa,Thomas Duquesne. J'ai déjà vu ses résultats dans d'autres rallies, principalement dans les Alpes Maritimes et je sais qu'il va bien, disposant d'une machine élaborée et fiable. Comme ils n'ont jamais vu la BM, j'ai demandé à Bruno de me donner les réglages qu'il a effectués sur l'allumage... J'ai un rotor et un capot d'allumeur de rechange à bord, au cas où !... Mais cette fois, j'ai confiance dans le travail effectué en amont et pense qu'il s'agit d'une précaution superflue.Toutefois seul l'exercice de la course le prouvera...

 

LA COURSE :

Nous sommes au départ à Roquebrune-sur-Argens. La spéciale sera totalement nouvelle pour nous, qui connaissons cette route seulement dans l'autre sens. Elle a la particularité d'être étroite (c'est une route forestière)... et en très mauvais état. A certains endroits, la chaussée est défoncée, comportant de nombreux et profonds nids de poule. Il y a également beaucoup de terre au sol. La disputant deux fois et demie, nous savons d'avance que l'état du sol ira en empirant car les "modernes" l'emprunteront aussi. Nombreux à posséder 4 roues motrices, les pilotes n'hésitent pas à couper largement les cordes, ramenant terre et cailloux, ce qui ne fait pas nos affaires.

J'ai particulièrement soigné la prise de notes en reconnaissance, conscient qu'il sera facile de crever un pneu, voire de casser une suspension si l'on ne passe pas aux bons endroits. Très attentif, je ne prends de cadence que dans les portions sûres. Ailleurs, j'essaie de passer en souplesse, sur le couple, et en montant rapidement les rapports, ralentissant franchement sur les passages boueux... Et ça paye... Surprise : je suis largement devant Christian. Le connaissant bien, je suis certain qu'il y a une explication. Certes, je me suis bien débrouillé mais c'est plutôt lui, trop nerveux et tirant trop ses rapports inférieurs qui s'est un peu loupé. Je ne me fais aucune illusion sur le fait qu'il va se rattraper dès la spéciale suivante, longue de 35 km et bien plus roulante. L'Alfetta développe 50 CH de plus que la 2002 et, plus récente, sa conception est aussi plus évoluée. Je suis cependant très content car la BM est de nouveau compétitive, la suite le prouvera. Nous sommes en train de disserter sur l'état de la route et la façon dont nous avons ressenti les difficultés lorsque nous nous apercevons que notre Lolo n'est toujours pas là... Il nous faut encore un moment pour voir pointer l'Alfa berline et nous enquérir de ce qu'il lui est arrivé. Laurent s'est fait piéger par la terre glissante et n'a pu éviter une légère sortie de route. Apparemment, seul un phare est cassé mais il a perdu du temps à reprendre son chemin. Le train avant ne semble pas ouvert, il va pouvoir continuer.

Le rallye comporte cette année 6 ES. C'est bien plus court que dans le passé. Le fait que "Le Var" soit devenu un rallye national ne justifie en aucun cas que son parcours soit diminué de 40%. Nous en sommes assez mécontents car nos frais de séjour, de déplacement et de reconnaissances sont, eux , identiques à la version antérieure. De plus, l'organisateur a choisi un découpage plus que surprenant car nous disputerons 5 ES le samedi... et une seule tôt le dimanche matin. Vous pouvez imaginer à quel point nous sommes ravis de devoir nous lever uniquement pour cette   ES. On a le sentiment amer qu'on nous fait rester sur place dans le seul but de payer une nuitée d'hôtel supplémentaire... comme à l'hosto. Pas très sympa...

Les 2ème et 3ème spéciales verront Christian me passer au classement général comme prévu.Toutefois, je ne suis pas trop loin de lui. Dans la deuxième, j'ai péché par excès de prudence. J'ai parcouru les dix premiers kilomètres normalement mais en approchant du Col de Taillude j'ai cassé mon élan trop longtemps, attendant avec circonspection un certain "G70"en déclivité, rebaptisé "G70 / Rocher / Tonneau" dans ma tête ! Reportez vous à la chronique "Var 2008" pour comprendre ! De plus, la descente sur Collobrières est souvent piégeuse à cette époque de l'année car glissante et tapissée de feuilles au sol. Les frondaisons étant très denses, le soleil passe peu et l'humidité des pluies précédentes stagne en permanence. Ne "sentant" pas trop le terrain, j'ai perdu du temps plus que de raison...

Vers l'arrivée de la 3ème nous apercevons subitement l'arrière d'une auto noire et blanche, profondément plantée dans le trou : cette fois, c'est Thomas Duquesne qui "s'y est mis" ! Il nous dira par la suite avoir reçu une note trop tard, le virage se refermant. Nous on veut bien, mais comme il était parti, on l'avait trouvé bien "chaud" le Thomas ! Fort heureusement, l'équipage n'a rien et les dégâts semblent contenus à de la carrosserie.

Nouvelle surprise en sortant de la 3ème. La magnifique Alpine de Jean-Charles Rédelé, fils du constructeur de la marque, est arrêtée en bordure de route. Nous stoppons pour savoir si nous pouvons l'aider, mais le sympathique Jean-Charles me répond qu'il n'y a rien à faire. J'en suis navré pour lui, car c'est toujours un plaisir de le voir en course. Sans compter qu'il est doté d'un sacré coup de volant. Tout récemment il a signé une superbe 3ème place au Tour de Corse, derrière 2 Porsche surpuissantes, fêtant ainsi dignement les 50 ans de la mythique Berlinette qui n'a pas pris une ride. En tous cas, ce n'est pas l'année d'Alpine car simultanément toutes les A 310 ont disparu de la course...

Quant à moi, sur le routier, je demande à Anne-Marie à quel moment nous aurons une assistance. Ce qui ne sera malheureusement qu'à l'issue de la 5ème ES... Or ma pédale de frein s'enfonce de plus en plus et son contact devient spongieux... Ne voulant pas tenter le diable, je dispute ainsi les 4ème et 5ème ES en allongeant les freinages. Plus question d'essayer de suivre Christian. Pour nous il s'agit de tenir ainsi, en se contentant de garder notre rang par rapport à ceux qui nous suivent au classement. A cet instant je ne sais pas qui est derrière moi, ni l'écart qui nous sépare... J'ai bien peur de devoir reculer au classement mais il vaut mieux ça que risquer une sortie de route. Nous aurons une bonne surprise au Parc Fermé, en constatant que nous avons gardé notre place. Une Porsche 930 Turbo nous suit à 45 secondes. Il est urgent de voir ce qui se passe avec les freins si l'on veut lui résister dans la dernière spéciale du lendemain, celle qui est défoncée, et longue de 32 km...

Disposant d'une demi-heure d'assistance, on devrait pouvoir régler le problème... qu'on prend malheureusement par le mauvais bout sans le savoir. En levant le capot, on s'aperçoit que le maître-cylindre de freins est couvert d'un liquide visqueux... Si c'est lui qui suinte je ne vois pas trop ce qu'on pourra faire, n'en disposant pas de rechange. Essuyant la pièce, Eric le mécano cherche d'où vient la fuite. Soudain il s'écrie : "c'est ta jauge d'huile qui est sortie de son logement !". Effectivement elle s'est soulevée d'environ deux centimètres, probablement à cause des cahots, et a aspergé le maître-cylindre situé à côté. Il fixe un ressort de tension pour que ça n'arrive plus, puis démonte une roue avant : les plaquettes ont un état d'usure normal. Opération identique avec les roues arrière. Démontant un flasque de tambour, il se tourne vers moi et me dit : "tes garnitures de frein sont mortes !Tu freines sur la ferraille !" Gros étonnement de ma part car elles ont été changées aux 2/3 du Tour de Corse et Bruno les a dépoussiérées avant cette course. C'est d'autant plus surprenant que ces garnitures durent habituellement bien plus longtemps... Mystère... En attendant, il reste peu de temps pour les changer et Eric me suggère alors de rentrer au Parc ainsi car nous aurons une autre demi-heure d'assistance demain matin avant de disputer la dernière ES. D'accord avec cette proposition nous rentrons ainsi en Parc Fermé et passons une soirée tous ensemble, joyeux et détendus. La fatigue et la décompression habituelle s'avançant, nous rentrons nous coucher assez tôt, il en reste quand même une à faire demain à l'aube. 

Nous présentant à l'entrée du Parc le lendemain, on nous annonce que le départ est retardé d'un quart d'heure et que nous partirons de deux minutes en deux minutes. Puis au départ de l'ES, ce sera en fait de trois minutes en trois minutes. La raison invoquée est que nous restons seulement 13 en course et qu'ayant une seule spéciale à disputer, nous arriverions trop tôt sur le port par rapport aux modernes. Oui mais ça, les organisateurs le savaient avant et cette décision aurait très bien pu nous être signifiée la veille au soir, nous laissant ainsi nous reposer un peu plus longtemps... Rien ne nous sera décidément épargné dans ce rallye... Le comble va nous être asséné lorsqu’on nous dira que la demi-heure d'assistance prévue est réduite à... 20 minutes... La cata pour moi : pas le temps suffisant pour changer mes garnitures de frein. Je suis furax, ces changements totalement injustifiés, puisqu'a contrario on nous décale en longueur de l'autre côté.

La pluie étant tombée dans la nuit, nous décidons de monter les pneus pluie. Il ne pleut plus en effet à Sainte-Maxime mais nous allons sur les hauteurs. La Spéciale fait 32 km et les modernes ne sont pas passés avant nous pour assécher les trajectoires. La logique commande donc de monter des pneus adaptés aux conditions de route. Sur le routier nous avons la surprise d'apercevoir l'Alfetta de Christian arrêtée après un rond-point. Après avoir contourné celui-ci, nous voyons que Christian s'apprête à lever sa voiture sur cric. What happens ? Et Christian, moitié hilare moitié penaud : "je n'ai jamais roulé en pneus pluie avec cette voiture et en arrivant sur le rond-point j'ai voulu tester l'adhérence mais elle m'a échappé. J'ai tapé la bordure et j'ai crevé !". Ne pouvant l'aider, nous reprenons notre route. Anne-Marie s'inquiète : elle craint qu'ils ne puissent pointer dans les temps. On se rassure en regardant le chrono : non, il a largement le temps. Il pointe deux minutes avant nous et le rond-point est près de Roquebrune. Ça va le faire. Et ça le fait effectivement, Christian arrive avec plusieurs minutes de marge. Lui et Anne ont le temps de s'équiper sans précipitation et nous pouvons discuter avant son départ : "c'est bon, j'ai pu changer la roue... mais ma roue de secours est un pneu sec, ça risque d'être bizarre en tenue de route. Je n'ai pas le choix..." Lolo, arrivant un peu plus tard, aura le temps de me dire qu'il a vu repartir l'Alfa sur le routier comme une bombe ! (HUM! pas bien ça, de faire le kakou sur la route... Hein, Christian ?)

Dans notre conversation d'avant-départ, il avait eu le temps de me rassurer en peu, me disant qu'avec son turbo, la Porsche ne sera pas à l'aise dans le glissant. C'est sans doute vrai mais il reste tout de même 20 kilomètres de roulant et je crains que ce soit juste pour arriver à garder l'avantage... 

Et nous voilà au départ de la dernière. Comme je l'ai fait aux précédents passages, je suis hyper prudent sur les passages boueux des premiers kilomètres, parfois carrément au ralenti. Ça n'est pas du pilotage, c'est de la préservation. Les trous sont encore plus creusés par la pluie et les "modernes" qui sont passés à fond dessus la veille. Quant à la terre, c'est devenu de la boue, glissante comme un politicien à la télé... Au bout d'une dizaine de kilomètres la route redevient meilleure. Du coup, on essaie de rattraper le temps perdu et ça devient un piège si l'on ne prend pas le temps de "tâter" l'adhérence. N'oublions pas qu'on est maintenant en pneus pluie, ce qui change les choses en latéral et surtout au freinage car les distances s'allongent (encore plus pour moi ). Ne voulant pas laisser la Porsche me remonter sans combattre, j'essaie de garder du rythme tout en ne pouvant plus rechercher les freinages "durs". Cet exercice peu évident nous vaudra trois freinages "bien allongés", dont un en particulier où je vois la murette extérieure bien trop proche ! (Laurent s'est fait peur au même endroit...).

Enfin, nous franchissons la ligne d'arrivée ! Il ne nous reste plus qu'à se laisser descendre vers Sainte-Maxime. Anne Marie est déjà au téléphone pour signaler à l'assistance que nous sommes bien sortis de la dernière, mais je la presse d'interroger son mari, qui a les résultats "direct live", pour savoir si nous avons gardé notre rang... YES ! Régis nous informe que la Porsche ne nous a pris qu'une seconde !

Alors là, les copains, c'est la délectation ! On a ENFIN disputé une course "normale" (c'est à la mode, paraît-il...). A cet instant, me reviennent en mémoire les paroles entendues la veille : les copains, parlant de moi : "dis donc, il a roulé, Gilles, aujourd'hui". JE N'EN DEMANDAIS PAS PLUS !!! Pouvoir enfin disputer la même course que les autres, être "dedans"... Et il aura fallu un an pour y arriver !

Mon bonheur est complet car Bruno et Mathieu nous ont fait la surprise d'être venus en spectateurs la veille. Allant au départ d'une ES à Grimaud, ils sont arrivés quelques minutes avant que je ne m'élance. Du coup, on a pu discuter quelques minutes et ils ont pu voir et surtout entendre "leur" voiture... Et comme c'était avant que je ne doive lever le pied... J'espère que ça leur a fait plaisir autant qu'à moi de mater et écouter celle que j'appelle "la nouvelle horloge suisse". Car elle marche ainsi mes amis !

Nous n'avons connu aucun problème de tout le rallye. L'ensemble moteur-boîte, aidé par le couple court, est un régal ! Seul ce souci de freins est venu perturber quelque peu notre course.


Nous voici sur le port, au pied du podium d'arrivée. Christian finit 7ème, moi 8ème. Laurent finit un peu plus loin, à la 12ème place. Il a connu quelques soucis de passage de vitesses (défaut rituel des Alfas) et sa sortie de route lui a coûté du temps. Mais les trois autos sont à l'arrivée sans une éraflure.Tous les amis sont là pour nous accueillir, je reçois plein de messages de copains qui nous suivent sur internet. Cela fait chaud au cœur de voir leurs sourires car je les sens aussi soulagés que moi. Je n'arrête pas de leur dire qu'on vient de m'enlever deux tonnes de plomb des épaules...

Cérémonie du podium d'arrivée, petits discours, remise des coupes, bises aux remettantes, photos, sourires et nous rentrons les voitures au Parc Fermé d'arrivée. Celui-ci s'est nettement clairsemé, tant en moderne qu'en VH. Il y a un important déchet car un rallye du Var est toujours difficile à terminer d'une année sur l'autre. On peut y trouver brouillard, verglas, voire de la neige ! Même lorsqu'il est disputé par beau temps, des pièges humides nous guettent. Pour ce qui me concerne, j'ai détruit deux autos dans ma "carrière". Les deux fois au Var : en 1976 sur Opel Kadett avec Christian en copilote et en 2008 avec ma première 2002... En 2007, je m'étais classé 9ème. Cette année 8ème, j'améliore donc mon meilleur classement dans cette épreuve. C'est un autre motif de satisfaction qui conclut positivement cette saison douloureuse. 

Nous nous rendons tous ensemble au restaurant pour s'y offrir un (des) apéros(s) bien mérité(s). C'est la détente générale, où les rires et blagues fusent... Après ce déjeuner convivial, nous devons ressortir les autos du Parc et les charger sur leurs remorques. Là, je tombe sur l'équipage de la Porsche. Serrage de mains et congratulations mutuelles. Le pilote me dit : "j'ai bien essayé de te remonter, mais..." Moi, m'esclaffant : "d'autant que je n'ai plus de freins à l'arrière depuis trois spéciales... Je ne risquais pas de te le dire avant ! Comme tu ne m'a repris qu'une seconde dans la dernière, ça me va bien !"

Vous aurez l'épilogue... en ouvrant la page d'accueil du site ! Car voilà plus de deux ans que nous n'avions pu retrouver les équipages des Roadrunners à l'arrivée d'une même épreuve. Les photos commençaient à dater !!!



BONNES FÊTES A TOUTES ET TOUS

QUE 2013 SOIT UNE ANNÉE DE SATISFACTION

ET DE PLAISIR

 

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